La Moldavie - 1 er jour


Pays le moins connu d’Europe ( ?) et le plus pauvre, la Moldavie fait partie de ces pays dont on ne sait rien, à part que ça trafique, qu’on peut y trouver enfants, putes, reins ou armes à volonté et qui ne font rêver personne, surtout pas les roumains. Combien de fois le roumain s’st il exlamé « mais qu’est ce que tu vas foutre en Moldavie ? C’est la Roumanie d’il y a 15 ans » lorsque je parlais de mes plans de week-end.
Dans ces cas la, il vaut mieux cacher la vérité (j’ai envie de voir des gens qui vivent encore plus comme des merdes que vous) et leur répondre que ma curiosité et ma soif de découverte du monde m’ont poussé à aller dans ce pays.
C’est donc par une belle journée de vendredi que je donne RDV à mes 2 acolytes de voyage pour récupérer nos visas moldaves. Nous passerons sur la fait que les horaires indiquées sur le consulat sont les horaires d’ouverture mais que ce jour là, c’était les horaires de fermeture, qu’on s’est planté dans le métro, qu’il fallu revenir 4 h plus tard puis aller payer 48€ (= ¼ d salaire moyen roumain, 70% du moldave) dans une banque du centre de Bucarest où la guichetière ne cessait de nous engueuler dès qu’on comprenait pas un truc et où la file d’attente était interminable. Bref, vers 15h, j’étais de retour au boulot, comme si de rien n’était, avec mon visa moldave en poche.
Départ le soir même pour Chisinau (prononcé Kichinawwww), capitale de la Moldavie que j’espérais à ce moment, laide, sale et criante de pauvreté. Oui, je suis un gros voyeur.
7h30 : départ du train avec mes 2 compagnons que je vais vous présenter par souci de simplicité :
Bertrand, 29 ans, 1,90, avocat d’affaire chez Gide. Il gagne un blé monstrueux mais je vais l’obliger à vivre tout le WE comme une merde. Type très sympa et très marrant, qui est payé à rien foutre ici.
Régis : 22 au moment du départ du train, 1,73, stagiaire chez Michelin. Il a les dents du bonheur et je n’aime pas ça. C’est un gros beauf qui vient d’Aurillac et qui piaffe en mangeant et en se réveillant. Pas méchant, il a la mauvaise habitude de sortir des blagues de merde et de rajouter un rire forcé et débile par la suite (ça a le don de me foutre un peu sur les nerfs…)
Nous découvrons donc le train : l’extase, tout ce que j’aime en voyage. Un vieux train de la CFR (compagnie des trains roumains) qui doit daté des années 50. Il assure la liaison Bucarest – Chisinau tous les jours à 19h33. Un autre part dans l’autre sens à 17h10. Je monte à bord. Il n’y a qu’une classe. Un vieux tapis plutôt joli qui avait du être blanc il y a 50 ans, couvre le couloir du train. Les compartiments de 4 couchettes sont agréables, confortables et vieillottes. Il faut dérouler un matelas sur la couchette et faire son lit. Des rideaux kitsch ornent les fenêtres du couloir. Le détail est-européen de la chose, c’est que dès qu’on tire ledit rideau pour admirer le paysage et qu’on a le malheur de tourner le dos plus de 10 secondes, le responsable du wagon bondit et vient remettre le rideau en place. La persévérance n’y fera rien. Le rideau tiendra.
Le voyage dure environ 13h à 14h, avec un arrêt de 2 heures à la frontière pour changer les essieux des trains (nous nous étendrons plus longuement sur ce point lors du retour). Nous enquillons quelques bières (Ursus pour les connaisseurs) tandis que Régis tentent une approche sur une bonasse moldave, dans le wagon d’à côté. Ce premier lien avec les indigènes fut assez réussi . Petite transcription du dialogue :
Régis « C’est sympa Chisinau ? »
La Moldave « ouais, bof »
R : « Qu’est ce qu’il y a faire et à voir en Moldavie »
M : « (hésitation) « visiter Chisinau… »
R : « et que faut-il visiter à Chisinau ? »
M : « la ville »
…
Nous passerons rapidement sur la fait que le Régis à la question « pourquoi venez vous en Moldavie ? » a répondu à la gonzesse qu’il était habitué à vivre dans le luxe ouest européen et qu’il voulait voir quelque chose d’exotique et de moche.
Le voyage se passe. Nous nous couchons et sommes réveillés vers 3h du mat à la douane, que j’imaginais rustique. C’est là qu’un militaire moldave débarque dans notre cabine avec un ordinateur portable dernier cri, à lecture optique des passeports, un gros autocollant indiquant « financé par l’UE ». Comme ça, on sait où passe notre argent. Le temps de boire une bière au milieu de la nuit, je me recouche et me rendort avec difficultés, surtout que l’épisode du changement d’essieux trouble le sommeil.
Samedi matin
Arrivée à Chisinau vers 9h du mat, frais et dispo dans une gare propre et refaite. Déception… Hop, nous décidons de louer une voiture. Sauf que l’offre étant très faible, tout est pris pour le WE du 1er. Nous rentrons dans chaque agence de voyage pour demander. La, à chaque fois, 5 employés se pressent pour nous sortir qui le plan pour aller à l’aéroport, qui le numéro de téléphone, qui pour composer le numéro de téléphone… Ce qui est cool, c’est qu’elles n’ont pas honte de montrer qu’elles n’ont strictement rien à branler.
Nous trouvons, après de nombreuses démarches, une voiture à 50$ ( !) la journée, kilometrul illimitat : une QQ, un pot de yaourt et nous filons sur les routes moldaves, pleines de nids de poule explosant au passage nos jantes.
Notre but : aller sur le site de Orheiul Vegi afin d’y visiter le monastère troglodyte du même nom. Cette petite escapade nous permet de visiter la campagne moldave. Cela fait penser aux photos et reportages sur la France des années 50 : paysans binant dans les champs, chevaux tirant la charrue, pique nique d’ouvriers agricoles au milieu des vignes, villages perdus … Tout est paisible et ne semble pas crier misère contrairement à certains coins de Roumanie. La campagne est jolie et bucolique, vallonnée avec des vignes mais ne présente aucun intérêt car ce sont des paysages que l’ont peut voir partout en France. Nous arrivons a Orhei, le grand bled d’à côté ou la vie semble vraiment mortelle, seulement troublée par les grosses voitures des mafieux du coin.
Juste le temps de battre un record d’Europe ( 3 € pour 3 personnes au déjeuner), nous filons vers le monastère, beau et vaste site, entouré de montagne calcaire d’où l’on aperçoit les cellules des moines creusées dans la roche.
Je dois dire que nous ne sommes pas embêtés par les touristes étant donné que, sur « le site à ne pas rater en Moldavie » (source Lonely Planet), il n’y a personne d’autres que nous et les habitants des hameaux du coin. Le 1er mai est le jour des morts en Moldavie (qui aurait cru que le calendrier moldave avait des particularités ?). Les indigènes profitent donc de cette journée pour fleurir, peindre et entretenir les tombes de leurs proches. Ca donne un côté assez typique à la visite du cimetière moldave que j’aurais cru bien plus evil : croix bleues, acacias ( ?) en fleur…
Nous montons sur la crête au sommet des collines où se dresse une église relativement quelconque. Nous cherchons ensuite l’entrée du monastère creusée dans la roche. Un clodo moldave, qui semble-t-il a de solides notions de marketing (ou a lu le Lonely planet), s’est posté à cette entrée afin de faire la manche. Etant donné l’affluence incroyable sur ce site, le bonhomme avait quitté son poste, sans doute lassé de poireauter pour rien sur une jambe (l’individu est unijambiste et n’a pas une passion pour le cloche pied, comme on pourrait le croire). Lorsqu’il nous voit, notre ami doit donc rassemblé ses forces pour taper un sprint afin d’être prêt à nous accueillir dans les meilleures conditions. De justesse, il peut nous réclamer quelques pièces. Que personne ne s’inquiète, nous ne lui avons bien sûr rien donner ; faudrait pas se foutre du monde avec un visa à 48 €…
Nous entrons dans une grotte et descendons les escaliers en papotant gaiement. Grosse surprise lorsque nous aboutissons dans une cellule où un moine semble vivre comme il y a 4 ou 5 siècles : prière toute la journée, pas d’électricité, savon et petite bouteille de plastique remplie d’eau en guise de salle de bain, posée sur le rebord de la fenêtre… La cellule, creusée dans la roche, possède un « balcon », tombant à pic. Nous passerons sur l’attitude peu respectueuse de mes 2 compagnons qui ont profité de l’endroit pour se fumer une clope, vite rappeler à l’ordre par le moine…
Je suis assez fasciné par le comportement de celui-ci, car il ne semble jamais dérangé par les mouvements autour de lui et semble absorbé par ce qu’il lit (pourtant pas fun, fun).
Sa cellule comporte un coin « chambre », sur lequel est étalée une couverture, une pile de livres religieux pour seule lecture.
Nous repartons après une longue observation du bonhomme. Notons qu’au bout de quelques minutes, une voix de femme s’élève d’une grand boite en carton situé près de l’autel, dans la cellule. Je n’ai pas trop réussi à comprendre qui c’était, ni depuis combien de temps elle était la ne l’ayant ni vu entré, ni vu sortir de la boîte…
Nous rentrons et en chemin décidons d’aller voir la tête des exploitations vinicoles. Fermé, on s’en doutait. Mais nous avons pu apprécier la taille du vignoble moldave, très impressionnante.
Nous tentons une deuxième halte que nous avons du mal à trouver. Nous demandons notre chemin aux flics, qui au milieu de la route font la circulation. Je m’arrête pour ma part sur le bas côté et fais signe à l’un des deux agents de venir. Les 2 me regardent avec un air ahuri. J’insiste… L’un des policiers empoigne alors le micro du mégaphone situé sur le toit et commence à brailler un truc en Moldave (même chose que le roumain mais ils veulent appeler ça Moldave) en nous regardant. Je crois qu’ils nous disaient qu’ils ne nous avaient pas demandé de nous arrêter et que l’on pouvait rouler. Nous voyant effarés par tant de spontanéité puis mort de rire, l’un des agents se décide à nous porter secours et à nous dessiner un plan sur le Lonely Planet (plan qui s’avérera inutile). Nous décidons de demander de l’aide à l’indigène : une bonne moldave, 55/60 ans, les joues rouges qui en profitera pour se faire raccompagner chez elle….
C’est enfin, une habitante qui nous guidera à travers les routes secondaires complètement défoncées pour nous conduire à l’autre domaine… La, malgré une intense négociation en franco-anglo-moldave, nous n’aboutirons à rien.
Nous rentrons donc à Chisinau et prenons nos quartiers à l’hôtel Turist (en moldave dans le texte), où la réceptionniste fait preuve de la légendaire sympathie de ces contrées reculées des pays de l’Est. Du coup, je me fais engueuler quand je lui demande un stylo pour remplir la feuille d’enregistrement à l’hôtel.
Nous montons dans notre chambre ou nous logerons à trois. Puis partons dîner. Forcément, on met 1 heure à tourner comme des glands parce que :
1°) trouver un resto moldave en Moldavie, c’est pas commode. Pour avoir demandé à 2 locales, celles-ci sont parties dans une discussion de 10 – 15 minutes qui s’est terminé en fâcherie, l’une gueulant sur l’autre et se cassant (véridique).
2°)le Lonely planet ne raconte que des conneries (mais ça, je le savais ; cf. plan de Téhéran) : il n’y a pas d’ambiance dans les rues de Chisinau, la nuit.
Après avoir tourné une bonne heure, fait 2 ou 3 endroits indiqués par le guide (sur 4), nous retournons au resto que nous avions repéré une heure plus tôt. Normal… (On notera le resto décrit dans le Lonely Planet comme « un restaurant charmant et typique, avec des joueurs de flûte de pan au coin du feu ». Nous entrons et sommes confrontés à un mur de son dance de très mauvais goût…)
La bouffe est bonne, le cadre sympa : entrée, plat, 2 bières chacun = 8 € par tête. On va dire que c’est raisonnable mais pas donné à Chisinau.
Et maintenant, direction la teuf ! Nous filons au déjà vu, un bar boite. La, nous commandons une bière et nous installons au bar. Je suis pour ma part, fasciné par 2 choses :
- Le gabarit d’une des serveuses, qui a des seins énormes
- Le comportement du couple d’en face : la nana, semblant capable de jouir au simple touché d’un mâle, se trémoussant sur son tabouret comme une pute ; son mec, tête de russe, bien coiffé, la raie sur le côté, plongé dans la carte des cocktails pendant un quart d’heure, posant celle-ci et attrapant la carte des desserts sans lui jeter un regard. J’ai du les observer régulièrement pendant une heure, la situation n’a jamais évolué.
Au bout d’un moment, la serveuse nous demande de dégager du comptoir. Nous nous exécutons lentement sans trop comprendre. Elle pose alors deux coupes en métal sur le bar, qu’elle remplit d’alcool. Une de ces copines se ramène alors, une bouteille en feu à la main. Elle avale une lampée d’alcool et hop ! enflamme tout ça en crachant l’alcool sur le bar, qui prend feu tout autour. Les clients ayant commandés ce cocktail se précipitent alors avec une paille pour boire le verre, le bar toujours en feu. Les conditions de sécurité sont bien sûr optimales et sans aucun doute homologuées par une commission : bar de 2,50 m de plafond, tout petit, gens agglutinés autour du bar qui doit brûler une bonne minute…
Le moldave et sa version féminine se lâche relativement méchamment en soirée. Une nana qui danse pas loin de moi, s’accroche au pilier du bar en se déhanchant jusqu’à terre donnant une légère impression de pute. Ca va de la poufiasse de 20 ans à la vieille grosse 40 ans, avec bijoux en or de très bon goût et seins dégoulinant. Deux bons vieux mafieux costards noirs, lunettes noirs, boules à zéro se tiennent sans un mots, ni un geste dans un coin de la boîte. C’est autrement plus fun que les boites françaises (dont j’ai une grande expérience).
La soirée est donc assez instructive et nous terminons dans un bar glauque pas très loin, à 0,4€ la pinte de Chisinau où nous sommes invité à boire un verre de vodka d’un trait par un mec qui nous propose des putes.
Nous rentrons dormir vers 3 h du mat’.

1 Comments:
Merci Côme.Ce Post est excpetionnel. Tu ferais mieux de faire un Antoine des temps modernes plutot que de l'audit. Je rattrape mon retard. Promis je lirai tout.
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